L’OS DES US

Allez, do-o-nne. Donne la papatte. Le canin lambda, à l’ouïe fine, truffe fraîche, et télécommande incorporée, s’exécute aussitôt, biogrammé pour régaler son maître d’un tour de force assez spectaculaire : l’obéissance. Ce bon vieux train-train.

Avec un peu de persévérance dans la grimace, le quadrupède sera parfois récompensé d’un su-sucre, ou sa version plus moderne et équilibrée, à savoir la mini-croquette. Ah la la, réjouissons-nous de ce non-dialogue, pur dressage, avec port de voix strict, intention dans l’intonation et tout et tout. Paraît qu’ils aiment ça, le rapport tu-fais-ce-que-je-te-dis-et-pis-c-est-tout. L’ordre de. Une habitude.

Maintenant que je sens votre attention monter d’un cran, piquée au vif, rictus au taquet et limite la bave aux lèvres, j’aimerais justement vous entretenir au sujet de celles-ci. Qu’elles soient accros aux bâtons de rouge ou gercées, gourmandes ou boudeuses, fines ou repulpées à la seringue, les deux parties charnues qui forment le contour de nos bouches doivent également se soumettre à un drôle de chantage culturel.

Sois belle et tais-toi, vous le remettez ce dicton-là? Vas, gentil cliché, vas, cou-couche-panier, car le baise-main a tout simplement changé de nom et de camp. Mesdames, il nous incombe à présent autant qu’il nous encombre de pratiquer le biaise-joues. Néanmoins, je m’interroge. Ne suffirait-il pas que nous tendions la paluche? Non. Comment ça, non? Plutôt faire la bise que de se risquer à prendre un vent? Tiens donc.

Au travail il y a des règles, des codes, des façons de se rappeler comment la société fonctionne sur le fond. À chacune et chacun d’imiter les us et coutumes existants avec exactitude. Il ne faut froisser personne. Pourtant et quitte à marquer un pli juste entre les deux sourcils de l’interlocuteur/trice, j’avoue que la mare est bien trop lisse pour ne pas tenter le vif rebond de galet : serrons-nous la main.

En place de la proue de moue à réaction et atterrissage aléatoires, engageons paumes ouvertes un rack de phalanges à pouce opposable. Quel effet ce petit changement produit-il sur les autres? En nous-mêmes? Un brin sérieux, une once solennel, un zeste professionnel, voici le geste d’une décision concrète, l’accord de travailler ensemble, renouvelé chaque jour.

D’un regard nous savons ce que l’autre en face attend : cette joue tendue, ces paupières qui se ferment, ces pommettes qui s’entrechoquent, ces bises volantes, cette étrange posture que nous adoptons spontanément et qui ressemble à s’y méprendre au front bas et queue entre les jambes de nos chers toutous lorsqu’ils se sentent soumis, en position d’infériorité, dominés. Alors, ce su-sucre? Il a un léger relent acide, n’est-ce pas.

Gagner son pain ne rime pas avec on-est-tous-copains. S’il est nécessaire de s’organiser, respecter les horaires, effectuer les tâches, suivre les consignes, doit-on cependant accorder tout travail mérite salaire avec tout collègue mérite bisou? Pourquoi ne pas envisager carrément d’aller rouler une pelle à la directrice/au directeur des ressources humaines du personnel? Ça pour ressourcer, qu’est-ce que ça nous ragaillardirait. Hem… non, bien évidemment, car nous serions toujours aussi loin, voir un peu plus, de la fameuse paie équitable à poste équivalent.

Être poli/e ne signifie absolument pas être docile. Il s’agit bel et bien de courtoisie, de salutations à l’entrée et au sortir du lieu où l’on pratique son métier. Droit dans les yeux, sourire esquissé, main droite* en mouvement, les pleins phares allumés seront accompagnés d’une simple formule élégante : bonjour monsieur/bonjour madame. Et pis c’est tout.

Oh que oui, parce qu’à partir du moment où une femme travaille, je comprends mal qu’elle soit taxée de demoiselle. Logique. Ou sinon, ipso facto, les hommes non mariés seraient des demoiseaux. Quelle idée?! Or donc, il était une fois les lents chemins de l’égalité, tellement impraticables! Fort heureusement, pas face à Super Impôt. Avec lui, tout le monde y a droit.

Le partage, une histoire de sort qui lèse… à s’en ronger les urnes jusqu’aux us.

*
Bonjour chez vous,

ZD

* intéressant (à suivre).

LÀ HIC

Je voue donc un culte passionné au temple des mots. Ah si. Un peu, beaucoup, passionnément, à la fiole-lie. La plume est un je de paume, fidèle ancre à jeu de maux. Navigant sur les ondes du temps l’une des plus jolies métaphores qu’il m’ait été données d’entendre est une phrase d’enfant.

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ALORS ÇA SÛREMENT PAS!

Hopla les mirettes, salut les oeils!

Cette semaine ce ne sera pas glorieux, ça c’est le moins qu’on puisse dire, pour la très bonne raison que ce n’est pas encore prêt.

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