[ j'ai parfois l'impression
que la ville dans laquelle je vis
est la seule amie
qui puisse me comprendre vraiment
elle semble savoir qui je suis
elle semble me connaître vraiment
et puis elle souffle sur mes joues
de si tendres bises
j'emprunte alors ses rues ]*,
foule ses trottoirs,
frotte son bitume,
gravit ses escaliers,
traverse ses ponts,
la laisse me guider.
•
elle n’est là que pour moi,
ce jour-là,
je ne suis qu’en elle.
•
elle borde mes pensées
de feuillages sculptés
elle berce le temps
de tout son fleuve
elle bat son brouhaha
mécanique
cliquetis freins sonneries
puis elle ébouriffe la toile
des stands du marché
ronronne sous la danse
des piétons enchevêtrés
sac, re-sac, chariots et paniers.
•
étendue sous l’herbe
elle devine sur les bancs
puis chatouille dans les allées
mille pattes passant.
•
elle exhibe avec candeur
ses splendides bâtisseries
généreuses, étagées,
colorées, ouvragées.
elle expose avec prudence
d’énormes tranches
de gâteaux de pierre
au socle desquels fourmille
la sempiternelle flopée aléatoire
de bipèdes à réaction transitoire.
•
je n’y suis pour personne
à ces moments-là
je n’ai d’yeux que pour elle.
•
petit parasite hésitant
gonflé d’allégresse
enduisant ses pattes
à la rosée du temps
voletant avec maladresse
soudain paf se rate
v’là la tendresse au litre
ni une ni blatte
le palpitant contre la vitre.
•
•
•
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[*] un genre de zigotraduction émue d’une chanson, Under The Bridge , écrite par Anthony Kiedis, lead vox des Red Hot Chili Peppers, sur l’album Blood Sugar Sex Magik enregistré en 1990.
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