L’EGO SI LENT SIED

 

quand j’ai l’ego

en legos

le tout est de savoir

si ça semble construit

ou déconstruit,

en kit découverte

ou intact fêlé,

en morceau

de musique

ou de puzzle

 

un peu

les deux

et ça m’rassure

parce qu’il y a alors

matière

à imaginer

à penser

à être

encore

 

inspire ration

expire ration

souffle

nourriture

dont la source

abondante

est une fée

inconsciente

de son invisibilité

mais dont la présence

tenace

jamais n’agace

 

elle

ma muse

m’amuse

 

si ronchon

si tendre

son visage buriné

son regard malicieux

elle a mille ans

elle en a deux

 

dès que j’entrouvre

au petit jour

les fenêtres de mon bulbe

elle me guette d’un œil

depuis mon phare intérieur

déploie ses ailes de dragon

pour redresser mon plastron

passe ses griffes

entre mes tifs

les ébouriffe

garde éternelle

notre bougie

LE VILAIN PETIT CAFARD

 

Il était une fois

il y a fort fort longtemps

une presque charmante

petite fille

qui but, tout entières,

l’une après l’autre,

plusieurs fioles qui traînaient là

dans une caisse

au fond de la cave.

 

Sous sa carafe abreuvée

les graines se mirent à pousser.

Des brassées d’idées

se croisaient, se mêlaient.

De drôles de sensations

s’emparèrent bientôt d’elle,

faisant tournoyer

son bulbe à plein régime.

Fallait-il déjà changer?

se demandait-elle.

Si oui, en quoi?

 

Elle comprit assez vite

qu’il lui faudrait

garder ses paniers à oeufs

bien accrochés,

prêter l’oreille

lorsque les yeux racontent,

éviter

les nids de poule,

et toujours avoir

à portée de la main

un heaume,

sweet headphones.

 

Elle s’en alla donc

errer entre les arbres,

avec dans les poches

un tas de feuilles à soi.

 

Une longue promenade

au bord de l’amer

l’attendait.

L’ACCORD-NÉON

 

ils croient que je suis là

pour mendier

ils se méfient de moi

ils me défient parfois

d’un regard mauvais

 

moi

je ne suis pas là par hasard

non plus

Je suis venu sauver le lien

avant qu’il ne soit perdu

 

je cloue les clapets

avant qu’ils ne s’écorchent

j’appâte le palpitant

avant qu’il ne s’décroche

tout à fait

et ne devienne

pantin fragile

ballotté au bout d’un fil

pipe d’argile

sur la roue du temps

cible facile

des matelas grinçants

 

le las et leste automate

sous les néons tristes du métropolitain

plie et déplie ses sonates

au passage des touristes du quotidien

 

il lance à travers la foule

un cordon tressé de brume

mélopée du dernier ressort

 

lentement serpente et s’enroule

entre les silhouettes brunes

tour de clé dans le dos du sort

 

 

 

LANGUEUR D’ONDE

 

Qu’y a-t-il de plus innocent qu’une paire d’oreilles

lorsque le pouls bat la mesure contre les os?

Vibrent les notes, résonnent les mots

jusqu’à l’excès

exprès

chahutant le bulbe d’une carafe sans sommeil

 

Qu’y a-t-il de plus inconscient qu’une larme

roulant au ras des mirettes

luisante de vacarme

n’attendant pas même que la musique s’arrête?

 

Qu’y-a-t-il de plus démuni qu’une paire d’oreilles

et de plus inquiétant qu’un haut-parleur

vomissant à tue-tête son flonflon racoleur ?

 

En dedans elles font tellement de bruit

leurs réclames matraquées

leurs chansons forcées

contre nos écoutilles bées

 

Qu’y-a-t-il de plus incohérent qu’un ordre

placardé ou diffusé

commandé à distance

sans relâche?

 

Au dehors

il faudrait avoir

le droit d’être voyant

sans se faire souiller les mirettes

 

Au dehors

il faudrait avoir

le droit d’être entendant

sans se faire envahir les tympans

 

Qu’y-a-t-il de plus offert de l’oeil ou de l’oreille

lorsque le pouls bat la mesure contre les os?

Célérité des icônes et langueur d’onde

chahutant l’être humain d’un monde sans pareil

 

Au dehors

il faudrait pouvoir

cligner des ouïes

 

 

 

 

 

 

 

LES SIMPLES

 

Il y a parfois une petite ombre
sous une phrase

et les milliers
de feuilles d’arbre
miroitent
sous les traits de soleil
ondulent
vague après vague de vent
murmurent en secret
aux seuls insectes
qui sait ?
aux seules plantes

petit minuscule
nanoparticule

moi qui avais perdu
la saveur des mots
mes simples
mets compliqués
miens communs propres
en les écoutant
papillonner
je l’ai retrouvée

Il y a parfois de petites lueurs
sous nos yeux

dans l’arrondi,
derrière le point,

l’encre ruisselle
sous la plume
l’encre coule
eau et sang
qu’un souffle infime
peut emporter
l’encre sèche
eau et cendre
qu’une seule larme de pluie
suffit à raviver

Il y a parfois une petite chance
entre nos mains

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