DEGRÉ À GRÉ


Le ciel
et la mer de nuages
collée en dessous

l'immense gris bleu
qui se dispute
avec l'intense blanc gris

le temps au delà
qui se chamaille
avec le temps qui passe

mon octobre
en mars
me fait signe
me rappelle à lui
me redit notre rencontre
plus tard
bien plus tard

et
à demi-mot
je sais bien qu’il me parle de l’été
de cette chaleur insupportable
de ce changement
adaptation

et
à mi-chemin
je sais qu’il me tend courage
et m’attend déjà au loin

notre automne
désormais

COUP DE ROUGE

Donne-toi des couleurs
ça te f'ra la mine
moins gri-se

Allez ressers-t'en un
ça t'f'ra du bien
ma vieille grima-ce

D'un geste de la main
jouante du coude
l'œil certain
elle se jette un p'tit
coup d'rouge en
pleines lè-vres

Puis l'bâton lent
vite redescend
d'où il vient

Nœud à la gorge
ou sac à main
les pommettes se creusent enfin.

QUAND-CANNE

Quand le monde était monde...

Quand le monde était monde éloigné des médias
Quand le monde était monde et ne nous appartenait pas
Sur cette terre en ce monde nul ego nul pourquoi

Quand le monde devint notre monde
Quand le monde peu à peu perdit pied
Quand le monde entonna une ronde 
que personne ne voulut danser
il n'y eut plus dans ce monde lume qui veille
et les entrailles nous grondèrent tant l'immonde était réel.

Quand le monde fut monde peuplé d'entraide et de joie...
Tiens, quand est-ce arrivé déjà ?
La phrase existe, les mots sont là
mais le quand fait défaut et l'instant oublié
qu'unir nos forces ne signifie 
ni se briser ni 
se broyer.

Quand le monde ignorait son nom
Quand le monde n'avait nul calendrier
Quand le monde n'avalait aucun poison 
Quand le monde ne se prenait pas à espérer
de nous voir quitter 
pour de bon le navire
Qu'il a dû être bien déçu
le monde

Quand le monde était monde et ne nous appartenait pas
Quand le monde était monde éloigné de la vie et de ses aléas
Sur cette terre en ce monde le rêve voletait au-delà

Quand le machin était bidule, des trucs sont apparus
pour recharger leur pilule avant de décoller repus
Quand le machin était bidule, des énergies-trucs par milliers
ont pourtant fini par se prendre à croire que l'éternité
c'était possible ici.

Quand le temps a appris la nouvelle
il a ri de bon cœur
car le temps du monde luit et leurre :
nous ne vivons en effet 
qu'une seconde galactique
Le soleil et la lune le savent
les autres planètes aussi
D'ailleurs
Quand la blague a commencé
on n'aurait jamais cru
c'est à dire qu'on pensait vraiment
enfin quoi, les étoiles,
elles sont sérieuses, les étoiles, non ?!

N'empêche 
elles ont fini par tomber
dans le panneau

Quand le monde est monde
dans sa globalité globale
il patauge dans son bain local, 
un multivers soyeux,
il touille et forme des galaxies,
des bulles, des siphons, 
et vlouf envoie tanguer
le petit machin jaune orange
chatoyant 
qui fait pouic
...sans doute

nous, de toutes façons 
on n'entend pas
comme le monde est
tant qu'il est là

Coin
recoin

MESURE D´ÉCRASE-PATATE


Rutilante et resplendissante
la pomme
scrute à s’en dévisser les pépins
l’autre barbotante
dans son bain de boue.

Insensée !
Primitive !
Attends un peu qu’on t’cuisine,
qu’on t’scalpe la pellure
et qu’huile te frissonne la couenne !

La patate, elle,
elle s’écrase.

La pomme se sent des ailes
trônante au bout d’sa branche
pis comme un vers passait par là
comprend que ciel se ferme
à son éclat.

La patate, elle,
s’écrase encore.

La pomme vient alors la rejoindre
après une chute vertigineuse
bien empêtrée et anxieuse
des retombées qui pourraient poindre.

La patate
silencieuse
ne dit rien
adresse simplement
un salut poli et souriant.

Maintenant la pelote nouée
est dans le camp de la pomme :
répéter sa mauvaise habitude
projeter sans comprendre
ou découvrir
qu’au fond
pomme ou pomme
terre ou ciel
eau ou roche
faune ou flore
nature palpite
à égalité ?

Les fleurs en secret
butinées se fanent
délivrant leur bouquet
leur nectar et leur âme :

Ce qu’été saisit
à l’automne autonome
l’hiver la reprend
et l’endort
au printemps reparaît
nouvelle ou même forme
cycle-ressort
à quatre temps.

Pomme pomme pomme pomme

SPHÈRE À RESSASSER


petites fissures
écailles en peau
losanges distendus
triangles, croisillons,
parcourent comme des rûs
l’écorce naissante
de mon corps s’avachissant

plis immuables
innombrables
ridant l’enveloppe
d’un organisme bouillonnant
de vie
un temps encore
filante

cocon à l’emporte-liesse
aux tâches acides
gouttes tombées
parachutées
vaporisées
n’importe comment
brouillés les indices
de la carte stellaire
individuelle

le soleil avait pourtant tracé là
un chemin de retour
quelques nébuleuses
une piste sans détour
grains de
tâches de
et la lune exposé les plans
simple aller
vers l’au-delà
validé
pour la prochaine éternité
ou le prochain éphémère
passage
tout se brouille
tout s'efface

me serai-je assez ressourcée
mon énergie sera-t-elle suffisante
pour donner quelque chose
quelque part
avant de rebondir
comme un galet sur l’eau
catapultée par les dessins invisibles
le souffle inaudible
du multivers ?

sidérant
ce linceul de cellules
protecteur
attaqué de toutes parts
morcelé
à la venue des saisons
la fameuse mission du temps

dans l’aube scrutée
la plume s'enfuit
faisceau de mains
paumes ouvertes
feuilles élancées
d'arbres sans racine
larmes de sève
iront voguer
sur le néant flou
doucement
vitement
peu importe

la lueur épuisée
viendra se poser
se reposer
sur un coin de cet univers
ou d'un autre

incessamment

sphère à ressasser
cycles en cercle
marée montante
entend le chant
rejette à l’envol
marée descendante

vague
flots
onde
ondulations
vacille la lumière
avant de franchir
le mur du son

cette porte n’est pas une porte

transition
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