LIEN-SÉANCE

 qui pour aimer les poèmes ?
le son en est trop discret
et si je montais LE VOLUME ?

est-ce qu’alors m'entendraient
les sans empathie
les toxiques
ou autres voleurs de vie ?

partition déchirée
le La se le gardent
avec leurs clés
et règnent par la terreur en secret
en vrai donnent le change
ou bien s’y emploient
la peur l’inquiétude la pression
stress avez-vous dit?

les trônes, c’est compliqué,
devoirs, responsabilités,
alors on simplifie
on divise le monde
pour mieux le tordre
et le monde divisé
entre mille perceptions
part en fuite majeure

de fugue
n’en auront pas besoin
les grandes et les grands qui abîment
elles et ils n’ont pas besoin d’aide
me direz-vous,
se servir des autres
leur mentir
sont des principes bien étranges,
des paroles blessantes,
des actes abjects,
une même petitesse,
une même cruauté ?

moi je crois
que leur place est prête

alors s'asseoir
et poser les bagages
embarquement immédiat
à destination du mal-vécu
séparer le sel du faux
délier la serrure
de la malle aux soucis
tisser à nouveau
la confiance qui perdure
comme l'aventure refleurit

un peu de lien-séance.

TISSE-TOILE

sur le ciel et sur la route
lentes et éparses volutes
de velours grisaille
je rejoins les artères tristes
de la ville endolorie
par la crainte et les soucis

je respire lentement
derrière mon masque de tissu
je dévore du regard
les élans vertigineux
des corbeaux, des pigeons,
et plus loin caresse des cils
le feuillage invisible
d'un grand sage d'écorce

aucun, aucune, ne me salue
je fais partie des bipèdes
parasites

le monde des gens
c'est plein d'andouilles
mais c'est heureusement aussi
plein de gens formidables
on les entend moins
seulement leur force est intense
leur courage est immense

celles et ceux-là ont mon respect
les autres ma résilience calme

il fait un temps
à pleurer dehors
doucement
un sourire posé
en dessous,
pour dire la peur qui ronge
mais choisir plutôt
la sérénité
la patience
l'espoir
la confiance

sur le ciel et sur la route
lentes et éparses volutes
de rêves bleutés
je retourne vers mon logis
dans la ville frémissante
où les cœurs à tisse-toile
se réconfortent.

ROUGE CROIX

Confinée vers la toile
le regard fatigué
affalée la voile
remisé le sablier
j’attends
le cœur aux soignants
et aux soignantes
du globe bleu

Mille et une idées halent
ma carafe en ébullition
vers un troupeau de rêves
et d’étoiles
sans date de péremption,
l’union et l’entraide,
la raison, l’émotion,
solides face aux aléas
de la triste contagion
de solitude
d’incertitude
de misère
de souffrance
et d’inévitables
séparations

Abritée sous les mailles
d’un vieux gilet troué
conservé pour sa grande taille
et sa chaleureuse efficacité
je pense les blessures
d’un monde enfin éveillé
qui couve ses désirs
de main tendue et d’égalité,
d'unisson entre les peuples,
s’en vraiment jamais y parvenir
ou sinon à moitié ?

Face au virus se dresse
le menton courageux
de toutes celles et tous ceux
pour qui la détresse
est matière à panser
pour qui les soins et la survie
sont un combat sans répit

Applaudissons les maintenant
et pour toujours
en nos palpitants
et par nos contributions
citoyennes
offrons
une plus juste rétribution

Hissons haut le drapeau
de la sécurité sociale
dont elles et ils sont
les héroïnes et les héros
pour toutes et pour tous
les autres d’entre nous
d'Europe et d'ailleurs.

MERLETINE

juché
sur un conduit de cheminée
le merle noir chantait
hier soir

et il a mis
tellement d’entrain
dans ses notes enjouées
que ma cage
s’est regonflée
d’espoir
de rêves
de possibles aussi

et doucement
a effleuré
ce palpitant
hoquetant
tictoquant

beaucoup n’ont pas
le pire en tête
beaucoup cherchent
l’harmonie
dans cette cacophonie

mes amitiés
à la patience
résistance
au courage
résilience
autour du globe

DEGRÉ À GRÉ


Le ciel
et la mer de nuages
collée en dessous

l'immense gris bleu
qui se dispute
avec l'intense blanc gris

le temps au delà
qui se chamaille
avec le temps qui passe

mon octobre
en mars
me fait signe
me rappelle à lui
me redit notre rencontre
plus tard
bien plus tard

et
à demi-mot
je sais bien qu’il me parle de l’été
de cette chaleur insupportable
de ce changement
adaptation

et
à mi-chemin
je sais qu’il me tend courage
et m’attend déjà au loin

notre automne
désormais
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