ALLER LÀ OÙ

aller là 
aller là où personne ne nous attend
où la route n’est pas bâtie
le chemin pas même tracé
fouler un plein vide sans prémâché
se faire son idée à sa façon
petit à petit, pas à pas,
petit tas petit, pas appât,
avec une lenteur de temps
naturelle


aller là
aller là où personne ne nous attend
où les bruits comme les silences
ne rythment et ne riment
qu’avec un quelque chose à eux,
les entendre, les écouter,
les recevoir tels quels
et laisser leurs ricochets
vibrer


aller là
aller là où seulement nous attend
incertaine, inconnue, changeante,
notre imagination constante,
sentir qu’elle croît, se déploie,
s’étonne, tente, s’interroge,
bienveillante


aller là
aller là où personne ne dicte, ne formate,
n’abîme, ne blesse, ne rabaisse, n’exploite
la faim, la soif, la peur,
la solitude, la perte, la douleur,
ou pire encore
le genre


sinon là,
où on va ?

VAISSEAU VAISSELLE

sur le ponton je marche
à toute heure du jour et des nuits
j’y ai mes habitudes

ancre chacun de mes pas
contre le bois poli des planches
foule un temps infini, en suspens,
poussières, anches et vents

écoute les bruits et les silences
lis les formes et les ombres
se dessiner au large
à la lumière d’un horizon de doutes

vaisseau vaisselle
combien d’étincelles ?

par dessus le rebord
caresse longuement des yeux
la surface toute pareille
et toujours différente

au-dessus, en dessous,
et tout autour du navire,
l’imprévu, l’inattendu,
l’immense flou des mondes

sur le ponton je recueille
à toute heure de la nuit et des jours
les efforts de mes choix
les crues comme les joies

vaisseau vaisselle
combien d’étincelles ?

PAR DESSUS TOUT


par ces affreux temps qui
ne courent plus après leurs ombres
mais les voient pleinement
au grand jour et atterrés,
clairement le monde humain n’en finit
plus de ne pas tourner rond

à toutes les femmes
et à tous les genres
à tous les enfants
et à tous les hommes
qui ne croient pas en l’ignorance
ni en l’aberration
j’envoie ce message d’amitié,
d’énergie et de paix

love über alles,
l’amour par dessus tout

je sais,
c’est pas trop la mode quand
la tendance est à la violence,
mais personne n’est là
par hasard
et même si l’on est arrivé.es
sur un malentendu
ou un zéro de soutien
j’ai confiance aussi et surtout
en celles et ceux d’entre nous
partout sur ce globe terrestre
qui sont naturellement
bienveillantes et bienveillants

fix de lume
au travers des âges
dix mille ans de civilisations
tout de même

courage
confiance
nos mains se tiennent
et se tiendront
même à distance

je sais comme j’aimerais
vous avoir rencontré.es
et nous avoir connu.es
en harmonie
avec entraide
partage
patience et imagination

love über alles,
l’amour par dessus tout

NIDÉE

la solitude est mon nid
la solitude protège
passent les temps
blottie au creux de son vide
ample et accueillant


la solitude est mon nid
d’impossibles possibles
mille et un chemins
confiants, doux, solides
la solitude me complète


la solitude est mon nid
sens et émotions libres
une merline* en bulle
flotte, virevolte, scintille
soutient ancre et plume


la solitude est mon nid
tôt, immense secours
toujours j’y ai recours
là je peux être unie
devenir alors ici


la solitude est mon nid
je la quitte volontiers
explore, découvre
partage, retrouve
ma muse à mes côtés

(* chant improvisé d’un merle)

LIE LÀ

nectar soufflé
mille et une éclosions
embruns délicieux
constellations douces
danse enivrante

la tête sitôt tourne
et emporte les yeux

intense et envoûtante
sereine absolue
elle rayonne
réunit

lie là