TAKE L’EAU

Quand une quiche se retrouve seule derrière son pare-brise, pilotant sa quatre-roues avec toute l’attention nécessaire à la fourmillante circulation, l’air fendu entre ciel et bitume imprime à son palpitant l’ouverture du clapet à vocalises. Alors la main emporte l’index vers le bouton du poste et lui commande un encas sonore. Si parfois tu fredonnes, zyeuteuse, zyeuteur, à l’abri des regards ou casque vissé en attendant le bus, tu sais de quoi il en retourne : t’as la glotte qui vibre et les cages à décibels en éponge.

À nouveau, mais imaginons cette fois que je suis en train de m’affairer sur le ponton de la yourte, extirpant les pépins des rouages du quotidien, et bien, je le crains, il arrivera fréquemment que ladite ma pomme se lance dans des duos effrénés, surdimensionnant un brin son ego dans le plus grand secret, des araignées suspendues au plafond du living-room*.

Ces jours-ci, une drôle de lady envoie grave et résonne au coeur de ma raison. Big fish, big fish. Je me souviens que son Down by the water m’avait accrochée sévère, 17 ans plus tôt. Cependant ma carafe possède une quatrième dimension dans laquelle le temps est suspendu et aucune intrusion musicale n’y est encouragée tant que dure sa curieuse digestion. Pour qui s’alimente de mots frais et de sons chauds, ou l’inverse, elle s’apparente à l’instinct de survie des cellules grisées en milieu bruyant. J’ai tout de même fini par m’approcher, sans plus passer par les enceintes des mordus de ma tribu, la respiration courte et les mirettes fermées.

Inspiration profonde, ouverture des paupières : Teclo m’a irrémédiablement envoûtée. Je me noie dans ce morceau, je prends l’eau et je n’écope même pas. Sombrer avec les cordes vocales de P.J. Harvey pour amarres, infini délice d’un plongeon souple et lent bercé par la houle nourricière. Tu sors la tête de l’onde avec sérénité, quelques gouttes carillonnent encore, ruissèlent le long des tympans. Tu les laisses jouer près des osselets, imprimer à tes arrêtes la langoureuse vibration. Mmh mmh. Sur la pointe des cils, un soupçon d’embrun. Make-up complete. One take.


*méli-mélo de mots picorés autour de la chanson Intoxicated Man en révérence totale à Serge Gainsbourg

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4 réflexions sur “TAKE L’EAU

  1. Anne dit :

    Désemparée dès le second post ? C’est pas impossible😉
    Je suis séduite par la mélopée à la bizarre (=belle) scansion de ta prose qui donne envie d’en savoir plus sur la musique qui te l’a inspirée… et à la fois totalement inculte (je suis) !!!
    Du coup, suggestion égoïste pure : des liens vers lesdits morceaux seraient autant de petites fenêtres à ouvrir, le son à fond, pour découvrir ton univers sonore et m’y perdre encore plus, doux vertige.
    Bisous
    Lady A.

  2. ZigomaD dit :

    Tu as viré Orlando ?😄 Non, sweet lady, tu n’es pas égoïste. J’y ai bien réfléchi. Pour l’heure je voudrais parvenir à partager mes fix de lume au fil de la plume. Si cet article t’a inspiré, mes joues tomates sont assorties ; ) /kiss

  3. MChristine dit :

    Ne t’empourpres pas trop les joues: tu auras d’autres compliments … dont les miens! Merci d’avoir pense a « l’etrangere » qui ne l’est pas complement mais quand meme…

    Et des bises

    • ZigomaD dit :

      Long time no see ! Comme je suis heureuse de te lire ; ) Ce blog nappé virtuel est extensible à l’infini, un sucré tour de magie, aussi prends place chère MC and enjoy the flow.

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