TRAQUE-TIC

Il était un dimanche matin sous la couette.

Par la fenêtre encore ensommeillée le teint bleu de l’automne se poudrait les joues de nuages blancs.

Je tournai le bouton du poste de radio, la moue dubitative.
Comme un morceau de musique classique s’achevait, l’intonation sereine et ponctuée de l’animateur en annonça le titre, le compositeur, l’orchestre, le lieu et l’année d’enregistrement, le chef d’orchestre, tout ça tout ça. Le plus vaillant de mes neurones s’en alla voguer avec grand intérêt au beau milieu de ce foisonnement d’informations, ne parvenant cependant pas à s’allier le concours de mes cages à miel somnolent. S’en suivit un troublant charabia qui fut bientôt recouvert par un délicieux coulis de tumultes au piano. Je dégustais les changements de rythme, la mélodie, imaginais la course frénétique d’un talentueux troupeau de doigts déliés, puis ravie, ébahie, bruisselante et rêveuse, me parachutai l’espace, la virgule, le quart de pause, d’un éclair contre le bitume des ondes, pour entendre, avant les douze coups de midi, le nom de cette oeuvre et de son compositeur. Voilà. Enregistrement simultané de la fiche signalétique du pur kif audio sur ma barrette à mémoire. Bah, je trouverai ça dans les bacs du disquaire sans souci, je me félicitais.

Or, un beau jour, comme je cherchais à me procurer le fameux cd, je découvris mon empotée carcasse interdite et perplexe face à un mur de boîtiers en plastique de forme carrée, visibles par leur tranche, mille et unes pochettes me narguant et pouffant à la cantonade que Beethoven c’était par ici hi hi. L’apprentie de la galette à bruits, subitement grillée comme une sardine. Par un hasard, que je qualifierais d’aussi téméraire qu’une nano-anguille surfant le chas d’une aiguille à tocante antique, le nom du chef d’orchestre me revint. La tempête était à portée d’ouïes, enfin ! J’étudiais l’étrange graal au ralenti de ma main, puis enjoignis sa jumelle à mieux tenir l’habitacle à couvercle de cet étrange oiseau circulaire et scintillant.

Pop Électro ou Beethoven, Björk ou Wilhelm Backhaus, enregistré entre 2008 et 2011 ou lors d’un concert en 1952, Thunderbolt 2nd titre sur l’album Biophilia ou Sonata N°17 in d minore op 31 2 « Tempest » ? Je les mêlerais volontiers s’ils ne libéraient chacun une saveur si puissante et si délicate. La pluie et l’orage me charmaient, désormais ils me calment. Contre la vitre, plic ploc, au creux du cadran, tactique.

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2 réflexions sur “TRAQUE-TIC

  1. Anne dit :

    Tu racontes là, bien, si bien, une de mes envolées sur clavier préférées… je l’ai dans les oreilles dès qu’il pleut, ça ou Gene Kelly😉
    « Sans la Musique, la vie serait une erreur. » Ainsi parlait Friedrich Nietzsche.
    J’écoute et te sais là, toute proche.
    Que 2013 soit pour toi pleine de notes virevoltantes…
    Bisous
    Anne

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