LE RETOUR DU JAMBON-NOUILLES

Alohanamasté mes Zigomarades ! Oui, je sais. C’était gravement abusé. Avoir osé repousser par trois fois – par trois fois, mesdames et messieurs les promis-jurés-crachés – la réouverture de cette chronique, fut d’une intolérable outrecuidance. Méditer, sans éditer l’addictive dictée, dédie au dédale les potelés empotés et pétrit en pâtée putride leur piètre pupitre à pixels. En guimauve, la tôlière! Cependant, ce-pen-dant, avec des ah-la-la-comme-le-temps-file et des si-c’est-ti-pas-malheureux-ça-ma-bonne-dame, si l’on n’y prend pas garde, l’implacable rentrée sera bientôt là, irrémédiablement scotchée à nos cartables, avec son lot de préparatifs 100% panique. Et que se passera-t-il, je vous le demande un peu?

Bah j’vous l’dis tout net : tout le monde devra obligatoirement avoir la pêche, parce que tout le monde aura obligatoirement repris des forces, du poil de la bête, grâce à tout ce grand repos dont tout le monde se sera soi-disant copieusement repu. Bref, nous pénétrerions alors dans la sempiternelle dimension dite panade générale! Pourtant, après août, il ne s’agira ni plus ni moins que de retrouver ce cher vieux septembre, mes lascars. Or, permettez que je vous ressoude mieux la diode, Celui-Dont-On-Sait-Qu’il-Contient-Le-Chiffre-Sept n’arrive qu’à la Neuvième position du classement des mois de l’année. Aussi je propose que nous lui jetions rapidement un radieux Ridikulus*! Faisons taire d’un sort cet épouvantard** à dépenses et à hyperproductivité, et envisageons plutôt d’observer, avec attention, la lente procession flottante d’une loutre décortiquant savamment son écrevisse.

Au delà de l’horizon, entre les nuages-moutons, j’aperçois une traînée de poussière d’étoiles ou de flatulences d’avion, dont le tracé représente une copieuse plâtrée de nouilles au jambon. Aaaaah jambon-nouilles, tout un passé dormant derrière cette expression familière, ce repas somme toute anodin. Hier, nous avions encore dans l’idée que nourrir une maisonnée n’avait rien de sorcier. Il suffisait de peu pour préparer sur le pouce de quoi rassasier les petits et grands estomacs. Un jour, au détour d’une réclame, apparut l’étalage de mets, conservés, congelés, préparés, facilement récupérables contre monnaie trébuchante au supermarché du coin. Parce que la diversité rappelait les menus des restaurants, nous oubliâmes volontiers qu’être cuisinier est une vocation, qu’un métier cela ne s’improvise pas, que les femmes du fourneau étaient en réalité au bureau, et, franchement, se mettre sur le dos des catalogues entiers de méga-recettes pour épater les papilles, c’était certainement bien mignon mais bon.

Tournons à présent nos mirettes vers les pimpantes étiquettes, appliquons dessus une loupe pour relire les micro-caractères d’imprimerie utilisés pour décrire les ingrédients. Je comprends. Pas de souci. Admirons, une nouvelle fois, notre charmante et paisible amie la loutre allongée sur l’eau. Voilà. Sur l’onde lisse et souple vogue un joli ticket de caisse. Ka-Ching. Fallait-il se perforer le crâne et y insérer toute la panoplie de la nourricière électromoderne accomplie, qui vaque en bourdonnant du caddie au frigo, des plaques à la table, du lave-vaisselle au placard? Un micro-ondes? Mais pourquoi faire? Le bain-marie n’est pas une technique si compliquée. Autant l’art d’attiser un feu régulier sous un chaudron et d’en touiller des heures l’épatant contenu me semble un brin druidique, autant l’idée de s’équiper de récipients permettant de réchauffer, de faire fondre, bouillir, ou cuire de la nourriture, ne m’est jamais apparue comme saugrenue.

Tout se vend, tout s’achète, pourtant la solution n’est pas toujours si loin de nous que l’on veut bien nous le faire croire. Souvent le temps d’y réfléchir semble nous manquer alors que nous pourrions dépenser quelques précieuses minutes à placer autrement, énergie et argent. Après douze ans d’utilisation de casseroles en acier, je ne constate aucune fissure, aucune réparation, aucune panne. Harmonieuse compatibilité avec toutes les surfaces de cuisson : gaz, céramique, électrique, induction. Prodigieux.

Et la loutre de mer casse la croûte sur le dos, bercée par les flots. Pendant ce temps je traîne, sourire en coin, mes casseroles. Ça y est, j’ai fait mon jambon. Quitte à passer ensuite pour une nouille, autant poser la question : reprendrez-vous de mon torchon?

Bonjour chez vous,

ZD

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* Sort donc, jeté contre **

**Truc-machin étrange et flippant extrait de l’imagination de J.K. Rowling, auteure des célèbres histoires de Harry Potter

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