NIPPE TA RACE

¡Ola, la Zigompagnie! Toudidoudidam sur le trottoir mouillé. Un quidam emparapluité se faufile entre les piétons, la démarche légère, inconscient de la présence des envahisseurs de moral placardés sur les abribus, les abritrams, les façades. Il faut dès lors comprendre pareil détachement (osef) et préciser que les organes de vue de notre lambda sont résolument baissés vers le bitume. Plic. Ploc. Plouch. Notre zigoto matinal n’a pas franchement la patate. D’ailleurs il ne se méfie absolument plus du prochain venant. Et PING! Direct dans sa face. Il heurte un autre quidam, qui se trouve être une quidame. Outch!

Sachez bien que je ne lui aurais jamais souhaité ce genre de choc frontal quelques semaines auparavant. D’abord à cause du soleil, tandis que, déséquilibré vers l’arrière, du sol son regard aurait dû remonter. Ensuite, à cause du gélatineux tour de taille qui se plaque sur ses rétines avant même de croiser les orbites de son adversaire. Et là –Oh My God!– Ah bah mince alors! Non, jamais plus il ne se risquera à sortir ainsi naïf de chez lui! Non, jamais plus il n’osera s’aventurer, aussi désarmé, impuissant, face à l’inconnue. Non, jamais plus il ne souhaitera devoir affronter la mine courroucée d’une quidame dont l’abdomen flottera, désensaucissonné du jean ultra-serré à nombril apparent. Ne pas craquer, ne pas craquer, ne pas craquer. Il s’agit donc de piocher la carte de la courtoisie et non celle, ô combien tentante, de l’explosion de rire frénétique.

Imaginons cette fois, une quidame, énergique et joyeuse. Elle reluque une millième fois ses nouvelles pompes, trop géniales, tout en kiffant à pleins tympans le super mix de l’été sur son mp3 tralala, quand tout à coup Schpaf! La voilà qui s’encastre dans un quidam à futal trop lourd du revers, lequel filmait au caméraphone sa top démarche de killer. Fichtre! Oui, parce qu’il faut intégrer cet état de fait : chez certains individus, choisir la taille au dessus, celle qui dévale non-stop sur les hanches, c’était apparemment un plus pour faire croire à des trucs et à des machins. Notre zigoto à futal dégringolant présente donc à notre innocente quidame un admirable tiers de caleçon dernier cri. D’un savant bitume-ceinture, son oeil de biche se tire alors en travers de la route et son pulpeux gloss rose, un instant plus tôt si pétillant, disparaît net entre ses dents, voilant l’incongru mais intarissable éclat de rire.

Jusqu’à présent, me rétorquerez-vous, rien de bien grave, que du naturel giclé au grand galop. Un jeu. De 11 à 99 ans? Oo. Soit. Respectons la liberté d’expression vestimentaire de chacune et de chacun. Plouf plouf. Je n’hésiterai cependant pas à exhiber ici notre dernière victime de la seksi mode absurde : la quelconque à cordelette. Aaaah le spectacle et ses ficelles! Alors, au menu du jour : string à perles ou en dentelles? Pour le savoir, malgré vous, elle s’accroupit soudain, ou s’assied crânement et prestement, les jambes en tailleur ou en appui de part et d’autre de son siège, avec un léger penché avant. Eeeerk, l’are de la cambrure d’échine. xx( . T’es-tu seulement demandée, seksi moteur-facteur, si j’étais vraiment venue au monde pour reluquer tes dessous au café, au travail, en pleine rue?

Faire le beau, charmante expression. Après les déboutonnages organisés avec zoom sur le poitrail, les décolletés plongeants avec balcon saillant, nous découvrîmes parmi les scènes d’étalage érotico-nombrilesque, le fameux Slip-Is-Out (Toisons Maudites*) de la génération trop la classe. Plus tige, tu meurs. Plus boudinée, tu dévisses. Et vive la tarte aux flancs! Du coup est-ce qu’on doit véritablement s’arrêter sur un nichon sauteur, une main entre-grattouilleuse, un nez fourragé? Laissons tomber! Un bandeau sur les yeux, avançons telles les momies givrées que nous serions apparemment devenues face à la prétendue hyper-modernité de ces emplois du vêtement.

Libére-toi le bas-ventre, quidame jolie, il a besoin d’espace pas de prendre l’air! Confine-le et choie-le d’amplitude! Empoigne ta ceinture, quidam mignon, nous savons que …tu en as! Pas besoin de les exposez tant! Trouve leur un espace plus confortable dedans! Haut les frocs!!! Nippez vos races! La tendance a le dos large, vous avez le bras long : tendez la main vers vos kilts unisexes! (oui, j’ai senti en le disant que c’était exagéré**). Les temps changent-ils? Non. Le temps peut changer, là-dessus je suis assez d’accord, les temps, eux, varient, à la limite. Les conjuguer est éphémère. Le ridicule, lui, est permanent.

À bien regarder les costumes des humoristes se lançant seul en spectacle, il doit falloir autre chose qu’un habit pour développer avec finesse son recul sur le quotidien, cependant pas pour se faire entendre. Je m’en retourne au panorama piétonnier, là où les corps parlent fort, très fort. Chaque démarche est unique. La liberté des unes commence là où stoppe celles des autres. Alors les paupières ont véritablement leur rôle à jouer. Quand je souris, amusée, aux oiseaux, eux ne s’en offusquent pas. Je m’en vais détourner le regard vers les arbres et leur fouillis en branche. Lippe sur la face.

ZD

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* Balasko, Abril & Chabat, pelouse sur bobine ; )

** Je ne regarderai plus Kaamelott, je ne regarderai plus Kaamelott…

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