À DOS DE DRAGON

Dia duit,

Une formidable bourrasque de vent froid vous saisit la couenne du visage et vous plongez aussitôt du tarin dans le col, garni de fourrure de muppet, de votre long manteau aux pans claquants.  Brrr. Resserrant les mollets, vous vous cramponnez plus fermement au collier du monstre vrombissant. Entre vos moufles de laine cette solide chaîne d’acier, gainée de cuir épais, glisse affreusement. Cependant vous persévérez à déceler dans le cliquetis irrégulier de l’énorme mousqueton qui la relie à votre ceinture la promesse d’une issue heureuse. Le vol sera long, il fait déjà nuit, et la brume vous encercle.

Les paupières entrouvertes vous sillonnez l’horizon. Surgit une colonne d’air chaud. Les naseaux dilatés, les oreilles couchées, votre monture d’écailles attend le signal. L’échine se remboîte, épaules et menton se tendent. Un volcan en fusion. Il se trouve là, juste en dessous. Le moment est venu de prouver aux yeux des mondes la puissance de votre énergie et de la graver au coeur des siècles. Vachte, ça va barder.

Comme vous approchez de la montagne brûlante, les contours majestueux du Temple du Jardin Rose se révèlent à vos mirettes stupéfaites. Parce qu’il y a toujours un temple fameusement mystérieux installé non loin des volcans. C’est un fait. Même que si, d’abord. Vous vous préparez donc à découvrir derrière ses murs olympesques quelque secret lumineux, superbement impressionnant, le truc grave trop chantmé*.

Le grand chauve-lézard vous dépose majestueusement sur l’esplanade, juste au bas des marches, en ruine, du prestigieux escalier menant aux portes du temple du carré machin fleur. Mille et un mètres de hauteur! La chaleur est suffocante, le jus suinte de l’armure. Gling glang chtonk plonk, l’écho de chacun de vos pas est immédiatement emporté par le vent, un de ces fichus vents qui ne sait pas quoi faire d’autre que de siffler tout l’temps.

Avance rapide. Voici la dernière marche. Arrêt de la carcasse blindée. Épique face à face entre la conserve et les lourdes. S’ensuivent une belle louchée de secondes d’hésitation. Ouink ouink crrrr. Vous décidez de frapper. Toc toc toc. – Ouaip? s’enquit une voix criarde. Et comme n’importe laquelle des cavalières de feu/n’importe lequel des chevaliers de feu qui se respecte, vous déglutissez et murmurez : – Ben, c’est moi. Là-dessus, l’autre reste sans voix (tu m’étonnes) pendant qu’une araignée descend depuis un des gonds. Soudain, et nettement suraigüe cette fois, elle renchérit : – Ouiiiii?.  Il y a vraiment de quoi pédaler dans son bol de nouilles.

Une étape, ça se mérite. Va falloir la jouer fine. Vous demandez : – Quelle est l’énigme?. La voix répond en souriant : – Quel est ce temple?. Et là faut pas se démonter, car le coup du jardin rose ça n’prend pas quand on est samouraï des braises. Vous annoncez : – Le Temple de Prévert. À ce moment-là, c’est du tout cuit. Piaule immense, repas et service inclus, sans réservation. La belle vue. Bon, à ceci prêt qu’il faut juste pouvoir louer un dragon, et surtout, retrouver ce pinaise** de parchemin avec l’itinéraire dessus.

Z’avez de quoi noter?

Bonjour chez vous,

ZD

*

*l’histoire en lisant : le verlan fut introduit dans la langue française au milieu du siècle dernier, pile poil quand jeunesse rimait avec présent. Du coup, trônant sur ma quadrance, le rictus en coin, je me la raconte un peu, et même pas besoin d’y revenir, sinon ça va mordre méchant.

**citation : Homer Simpson (en VF)

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