ENVOL DE CERVEAU LENT

Avé, Zigomades!

La semelle sur le goudron, s’arrêter un moment. S’interrompre un court instant, suspendre le temps, et cette fois, la brume aidant, n’avoir plus que du ciel autour de soi, une sorte d’épais nuage, une immense soupe de poix cassée blanchâtre, parant les rayons du soleil hivernal, les obligeant presque à la contourner. Voilà que ne retentissait plus l’heure des règles et de leurs exceptions, des livres, de la copie, des leçons, des rimes, et du par-coeur. Nous en avions donc joué, de ce fameux instrument, si difficile à accorder : le cerveau lent.

Dates, chronologie, tables de multiplication des oublis. À s’efforcer de faire ressurgir le savoir, même avec la meilleure volonté du monde, pour n’en découvrir ensuite que son vaillant souvenir vacillant, j’assume et j’annonce : prems! Apprendre à apprendre. Rétention, conservation, musée de la grande fabrique cérébrale.

Toutefois, ma machine à démonter les phrases, à jongler avec les mots, à broder des lignes à l’encre fraîche, la trousse prête à dégainer l’incontournable effaceur, officiait déjà, en effet, bien avant l’ère des pages virtuelles et des ultrabytes. Ce ne fut que beaucoup plus tard, par contre, qu’elle s’aperçut de son étourdissante ressemblance avec le charmant dinosaure en papier. (Certes l’origami gratto-stylo-pléthore muta, s’adapta, néanmoins persista à justifier ses textes, et réussit par la suite à ne plus mettre en boule que ses nerfs ou la liste des courses).

Lire, écrire, compter, écouter la voix studieuse et ponctuée du maître d’orchestre, puis soudainement, jeter un premier regard ému vers un objet très étrange, car invisible et jusqu’hier encore inconnu. Il possédait une sorte de pouvoir aspirant. Il s’agissait là d’une magie tout à fait ordinaire, éphémère, un banal sablier de l’ennui.

Comme c’était beau, ça, tout ce joli vide, tantôt tout neuf et paisible, tantôt tout vieux et bougon, cette petite envie de rien, tantôt fleurie et mélodieuse, tantôt embrouillée et ondulante, de l’incroyable impalpable! On aurait dit une halte imprévisible au milieu du rythme, un besoin de souffler en silence qui se manifestait sans crier gare, un genre d’escalier qui allait vers on-ne-savait-où pour on-ne-savait-quelle-raison.

Peut-être parce qu’il faisait chaud dans cette salle de classe, ou qu’il faisait si froid dehors, que quelque chose n’allait pas, ou simplement n’allait pas de soi, dans tous les cas et quelle qu’en fut l’origine, plus moyen de distinguer lequel d’entre les chemins menait à la concentration. Alors les pensées avaient commencé à s’échapper en douce. Libres et désemparées, elles voguaient vers un vaste territoire, bordé d’incertitude et de sérénité, d’approximation et de clarté.

Le contact, pourtant rassurant, de la craie poudrant le bout des doigts, s’en retrouverait-il bousculé, samedi prochain, chahuté par l’inquiétante infinité des possibles, planquée comme l’on sait au bord des ardoises muettes, troubles, obstinément intactes, lors de la paisible séance hebdomadaire de calcul mental?

Et si, incapable de répondre, je me mettais à nouveau à voguer en travers des hypothèses, tentais de palper cet espace qui semblait perdre le nord, être à l’ouest, au sud de nulle part, avec un soleil qui se lève …heu …à l’est, non? Oh purée! Reprenons. Voyons, entre deux points passe… qu’est-ce qui passe ? Un train?! Mais non. Bon, nous allons tracer une d…diagonale? Dans ce flou? Mince, on en était où ?

Sourire à demi, faire acte de présence, la tête résolument absente, bras croisés, rêveries repliées. J’inspirai un bon coup. Comment ça, le dernier? Soudain, je l’entendis. Ô merveille! La jolie sonnerie, notre divine protectrice, gardienne de la délicieuse pause de 10 heures. J’atterris enfin, en plein jour, rejoignis la cour de récréation. Ma mémoire était de retour. Cependant, au creux des mirettes, un zeste de lume faisait trempette, absorbé par la contemplation des bienfaits du doute.

Bonjour chez vous,

ZD

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