LE ROYAUME D’ESSIEUX

Servus !

Le ciel s’est refermé, enfouissant les lueurs désespérées du jour sous une mansarde de brume maussade. La pluie se déverse sans réserve sur le goudron, nappant les trottoirs et les rues d’un glaçage fluide et sonore. Les néons et lumières clignotantes fondent, troublant leurs reflets sur le macadam macabre.

Les pattes fragiles d’une ombrelle imperméable patouillent la chaussée renfrognée, se pressent et zigzaguent, tricotent en cliquetant et clapotant1 un parcours en pointillés malhabiles, bientôt essuyés par une vague d’écume de gommes fumantes. Les moteurs ronflent alentour, tremblent, trépignent, grondent, gonflant du capot, taquinant du piston, allant même jusqu’à tonner outrageusement du klaxon, puis régurgitent nonchalamment des chapelets de filaments nauséabonds dans leur sillon.

Et les voilà partis, vers les péripéties périphériques, roulant crânement des mécaniques, doublant dribblant triplant2 à s’en démâter le levier de vitesse, à s’en noyer le char automatique. Hard tango et bad tangage le long des fines bretelles qui dégorgent, par grappes entières, des ribambelles éreintées de tacots au taquet, et pousse-toi d’là que j’m’y glisse, ahurissante partie de Tetris. Une horde de phares perfides se faufilent entre les files de tôles fuselées, rugissantes turbulences frôlant les bans de turbo-rapaces emmazoutésaux aguets, frisant les failles de la piste en fusion.

Leur flash aveuglant pour torpille s’immiscent alors de véloces vipères vrombissantes à l’invective véhémente, rampant en pâle position dans les artères obstruées de l’hyper-circulation. Aux abords de la mégalopole, un dédale de rubans urbains entrelacés, nid de tentacules inextricables, antre de ronces routières, étal polluant d’une meute féroce, là où naissent et croissent tensions, pressions, combustions, et explosions.

Une allumette, petite marchande? Un mouchoir, alors? Juste pour mettre dessus. Linceul ou l’autre? Embardées, dérapages, coups de ballast, hélas la question n’est plus de savoir comment puiser l’ultime once de patience. La triste vérité, au royaume d’essieux, viendra des freins et de la maîtrise de soi. Ah et n’oubliez pas qu’un de ces soirs, ils voleront. Le terrible schpaf crrrrrac contre le mur du son.

Ondes salvatrices, épargnez-moi vos réclames, jouez enfin un morceau de musique potable. J’ai soif de notes alambiquées, de lectures appliquées6, de manne aérienne solide, les mains jointes sur le volant de mon sacré bolide. Ne pas craquer, ne rien lâcher. Sirènes nuitée.

Ramène ta fraise, madame la chance, vas-y à fond sur le champignon : on carbure toutes et tous à ton essence.

*

Bonjour chez vous,

ZD

*

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Entraînement bissextile régulier conseillé. [ex : chanter d’un trait Ta Katie t’a quitté, de Bobby Lapointe]

2  Sourire ému à l’invincible Coluche :  » On a arrêté un type sur l’autoroute à 266 kilomètres/heure. Il a prétendu qu’il était en train de doubler un camion. À mon avis, à cette vitesse-là, il aurait même pu le tripler ! »

Hard tango, par opposition à l’art du tango, et plus simplement en référence, par ricochet homophonique ou presque, au groupe Artango (lien en pied de post).

 + Bad tangage, ou le mauvais langage des voitures?

4  Emmazouté : souillé, pollué par du mazout.

  [cnrtl– métadonnées, tout ça]

5   Oo ) N O L  I  T  Z

6   Merci à François Morel pour son histoire de petite fille à la banane et pour son petit mot.

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propulsé par WordPress, Ludwig Von Beethoven & Artango

 

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