L’ANTRE-TEMPS

*

Chaque année, sentir sa présence, réconfortante et intimidante. Frissonner, le minois transi, et s’emmitoufler, plongeant des mirettes vers l’écharpe de laine. Le long silence sous l’épaisse couette glaciale, le lent sommeil sous sa chantilly de flocons, l’étreinte éternelle de la froideur et de la patience. Alors qu’hier encore elle guettait, intriguant depuis les montagnes, liliale et furtive la neige s’est approchée. Les degrés prirent immédiatement la fuite, abandonnant la ville à son ardente et langoureuse torpeur.

Enfouie au creux d’un nuage givré, la tête suit le corps qui s’endormirait presque trop longtemps. Plus tard, lorsque s’aventurera la lumière de jeunes rayons printaniers, la mousse craquante commencera à fondre sur la chevelure verte de la planète, ondulant sous le souffle d’un vent plus doux. Alors pourquoi s’éveiller maintenant, pourquoi sortir l’affronter, pourquoi ne pas faire des provisions, des réserves, et les engloutir avant l’absolue relaxation? Loutre dans l’âme, marmotte de coeur, apprivoiser harmonieusement le rythme des saisons, si ce n’est par la carcasse au moins par la pensée.

Se lever et vite se vêtir, observer par la fenêtre le grand froid qui attend de nous engloutir sous sa chape saisissante, puis fredonner un sourire sur la trogne qu’il faudrait <fériériser le mois de novembre, le mois de décembre et même jusqu’en janvier. Hibernons, hibernons tous ensemble. Nous pourrions nous réveiller au mois de février. Sinon attendre que ça passe, au moins jusqu’au mois de mars. Ne restons pas de glace, tissons en exil la toile jusqu’en avril. Dans toute la nation, fériérisation>. S’occuper les uns des autres, après la moisson de nos fruits et les conserves et les bocaux, les écureuils étaient de sortie, comme s’en sont retournés se blottir, partager les châtaignes, les marrons, les fruits secs, se réfugier autour d’un poêle ronflant.

Ne restez pas dehors, couvrez-vous. Buvez quelque chose de chaud, mangez un morceau, et surtout, dormez profondément une fois venue la nuit. Notre espèce n’hiberne pas complètement, elle ralentit sa course folle, un peu, elle lutte contre microbes et spams, elle frétille imperturbablement mais elle sait au fond que ce serait si bon, que ce serait si doux, des millions de semblables couronnés de houx, non plus un téléphone portable mais une bougie à la main, qui murmureraient des chants, des contes pour enfants, qui auraient foi en eux, en l’année passée, en l’année à venir, qui partageraient du temps sous les cieux étoilés.

J‘ai fumé les épines, toutes les épines du sapin, accroché à mes oreilles des elfes et des lutins, une guirlande autour du cou, des papiers multicolores froissés sous les pieds. Le tralala des fêtes, sa dinde et ses cotillons, n’ont vraiment rien dans la hotte. Ras les chaussettes des légendes trop joufflues pour être honnêtes, qui vanteront d’ailleurs par milliers leur amour débordant pour le rendement et la monnaie. Sous mes petits souliers crisse un de leurs billets, un beau billet tout neuf, valable pour l’exposition barbare du surendettement notoire en cette période fragile et frigorifiée. J’n’irai pas. Je n’veux pas aller m’y berner.

*

Bonjour chez vous,

ZD

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