MILLE ET UNE FEUILLES EFFLEURÉES

À peine entamé déjà il nous absorbe. L’élu, choisi, choyé, lové contre ma paume, dénoue soyeusement sa chevelure de pages. Elle s’entrelace au bout de mes doigts et les invite à s’y emmêler pendant la durée de notre voyage. Puis se livre. À voix haute, je la dévore. Tant que durera l’énergie nous voguerons, par deux ou par trois, sur le cours d’une histoire. Les mirettes bientôt assoupies j’inventerai pourtant ou imiterai du mieux possible les voix des personnages.

Chacun des chapitres refermés nous a menées à bon port et il nous tarde comme il nous trouble de parvenir à destination. Aussi faut-il recueillir au petit bonheur, au fil des mois, les vivres lettrées, les tomes nourriciers. La saison venue, celle des contes et des lectures, nous aurons entassé une belle provision de rêves plein les étagères.

Advient enfin le temps qui s’arrête, il est vrai, de jouer au plus fin. Les gouttes de pluie prennent onctuosité et fraîcheur. D’évoquer un foyer chaleureux, des étincelles ardentes et des craquements de bois s’allument au creux de nos oreilles. Une tartine de pain narrée, un lu d’oranges, un mot de miel, reflètent absolument la couleur, la texture, la saveur, du plus merveilleux nectar.

Le monde extérieur et le monde intérieur s’apaisent et somnolent, peu à peu enveloppés dans une large et profonde couverture imaginaire, intemporelle. Nous décollons à l’unisson autour des pages, au dessus, en dessous, puis au-delà. Ce ne sont pas trois, ni quatre, mais pas moins de cinq dimensions rayonnantes. Et d’une sixième, de partage. À sept il y aura, bien entendu, une belle dose d’amour. Parce qu’il faut tant aimer raconter, ou tant aimer lire, pour réussir à entendre respirer une aventure. Apprendre à écouter les silences – anxieux ou joyeux – qui emplissent en chœur les participants et , doucement, les accompagner.

Une maille aux trésors se tricote avec patience, avec foi, avec souffle. Fil harmonie. À travers l’espace infini, de siècles en décennies, de légendes en récits, des parfums d’encre et de parchemin, des raclements de plume, des empreintes mécanographiques, des signes électroniques, attestent ensemble d’une magie puissante et éternelle. Ses flux et reflux, mûs par les marées capricieuses des muses et des lunes, parcourent nos veines jusqu’à se blottir contre notre cage pour y déposer encore, là une idée, ici un voeu.

Telle l’amitié qui renaît de ses cendres, la lecture tient du phénix son pouvoir guérisseur : larmes de tristesse, larmes de joie, source des souvenirs et des espoirs d’une espèce en cours d’expédition. Eau de vie puisée des sens, eau précieuse dont le sel est don de sens, emporte lueur et apporte lume, consommée jamais ne te consume.

*

Bonjour chez vous,

ZD

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