Archives de Catégorie: Le Fablier de Serre-Vis

ROUGE CROIX

Confinée vers la toile
le regard fatigué
affalée la voile
remisé le sablier
j’attends
le cœur aux soignants
et aux soignantes
du globe bleu

Mille et une idées halent
ma carafe en ébullition
vers un troupeau de rêves
et d’étoiles
sans date de péremption,
l’union et l’entraide,
la raison, l’émotion,
solides face aux aléas
de la triste contagion
de solitude
d’incertitude
de misère
de souffrance
et d’inévitables
séparations

Abritée sous les mailles
d’un vieux gilet troué
conservé pour sa grande taille
et sa chaleureuse efficacité
je pense les blessures
d’un monde enfin éveillé
qui couve ses désirs
de main tendue et d’égalité,
d'unisson entre les peuples,
s’en vraiment jamais y parvenir
ou sinon à moitié ?

Face au virus se dresse
le menton courageux
de toutes celles et tous ceux
pour qui la détresse
est matière à panser
pour qui les soins et la survie
sont un combat sans répit

Applaudissons les maintenant
et pour toujours
en nos palpitants
et par nos contributions
citoyennes
offrons
une plus juste rétribution

Hissons haut le drapeau
de la sécurité sociale
dont elles et ils sont
les héroïnes et les héros
pour toutes et pour tous
les autres d’entre nous
d'Europe et d'ailleurs.

MERLETINE

juché
sur un conduit de cheminée
le merle noir chantait
hier soir

et il a mis
tellement d’entrain
dans ses notes enjouées
que ma cage
s’est regonflée
d’espoir
de rêves
de possibles aussi

et doucement
a effleuré
ce palpitant
hoquetant
tictoquant

beaucoup n’ont pas
le pire en tête
beaucoup cherchent
l’harmonie
dans cette cacophonie

mes amitiés
à la patience
résistance
au courage
résilience
autour du globe

DEGRÉ À GRÉ


Le ciel
et la mer de nuages
collée en dessous

l'immense gris bleu
qui se dispute
avec l'intense blanc gris

le temps au delà
qui se chamaille
avec le temps qui passe

mon octobre
en mars
me fait signe
me rappelle à lui
me redit notre rencontre
plus tard
bien plus tard

et
à demi-mot
je sais bien qu’il me parle de l’été
de cette chaleur insupportable
de ce changement
adaptation

et
à mi-chemin
je sais qu’il me tend courage
et m’attend déjà au loin

notre automne
désormais

COUP DE ROUGE

Donne-toi des couleurs
ça te f'ra la mine
moins gri-se

Allez ressers-t'en un
ça t'f'ra du bien
ma vieille grima-ce

D'un geste de la main
jouante du coude
l'œil certain
elle se jette un p'tit
coup d'rouge en
pleines lè-vres

Puis l'bâton lent
vite redescend
d'où il vient

Nœud à la gorge
ou sac à main
les pommettes se creusent enfin.

QUAND-CANNE

Quand le monde était monde...

Quand le monde était monde éloigné des médias
Quand le monde était monde et ne nous appartenait pas
Sur cette terre en ce monde nul ego nul pourquoi

Quand le monde devint notre monde
Quand le monde peu à peu perdit pied
Quand le monde entonna une ronde 
que personne ne voulut danser
il n'y eut plus dans ce monde lume qui veille
et les entrailles nous grondèrent tant l'immonde était réel.

Quand le monde fut monde peuplé d'entraide et de joie...
Tiens, quand est-ce arrivé déjà ?
La phrase existe, les mots sont là
mais le quand fait défaut et l'instant oublié
qu'unir nos forces ne signifie 
ni se briser ni 
se broyer.

Quand le monde ignorait son nom
Quand le monde n'avait nul calendrier
Quand le monde n'avalait aucun poison 
Quand le monde ne se prenait pas à espérer
de nous voir quitter 
pour de bon le navire
Qu'il a dû être bien déçu
le monde

Quand le monde était monde et ne nous appartenait pas
Quand le monde était monde éloigné de la vie et de ses aléas
Sur cette terre en ce monde le rêve voletait au-delà

Quand le machin était bidule, des trucs sont apparus
pour recharger leur pilule avant de décoller repus
Quand le machin était bidule, des énergies-trucs par milliers
ont pourtant fini par se prendre à croire que l'éternité
c'était possible ici.

Quand le temps a appris la nouvelle
il a ri de bon cœur
car le temps du monde luit et leurre :
nous ne vivons en effet 
qu'une seconde galactique
Le soleil et la lune le savent
les autres planètes aussi
D'ailleurs
Quand la blague a commencé
on n'aurait jamais cru
c'est à dire qu'on pensait vraiment
enfin quoi, les étoiles,
elles sont sérieuses, les étoiles, non ?!

N'empêche 
elles ont fini par tomber
dans le panneau

Quand le monde est monde
dans sa globalité globale
il patauge dans son bain local, 
un multivers soyeux,
il touille et forme des galaxies,
des bulles, des siphons, 
et vlouf envoie tanguer
le petit machin jaune orange
chatoyant 
qui fait pouic
...sans doute

nous, de toutes façons 
on n'entend pas
comme le monde est
tant qu'il est là

Coin
recoin
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