Archives de Catégorie: Le Fablier de Serre-Vis

MESURE D´ÉCRASE-PATATE


Rutilante et resplendissante
la pomme
scrute à s’en dévisser les pépins
l’autre barbotante
dans son bain de boue.

Insensée !
Primitive !
Attends un peu qu’on t’cuisine,
qu’on t’scalpe la pellure
et qu’huile te frissonne la couenne !

La patate, elle,
elle s’écrase.

La pomme se sent des ailes
trônante au bout d’sa branche
pis comme un vers passait par là
comprend que ciel se ferme
à son éclat.

La patate, elle,
s’écrase encore.

La pomme vient alors la rejoindre
après une chute vertigineuse
bien empêtrée et anxieuse
des retombées qui pourraient poindre.

La patate
silencieuse
ne dit rien
adresse simplement
un salut poli et souriant.

Maintenant la pelote nouée
est dans le camp de la pomme :
répéter sa mauvaise habitude
projeter sans comprendre
ou découvrir
qu’au fond
pomme ou pomme
terre ou ciel
eau ou roche
faune ou flore
nature palpite
à égalité ?

Les fleurs en secret
butinées se fanent
délivrant leur bouquet
leur nectar et leur âme :

Ce qu’été saisit
à l’automne autonome
l’hiver la reprend
et l’endort
au printemps reparaît
nouvelle ou même forme
cycle-ressort
à quatre temps.

Pomme pomme pomme pomme

SPHÈRE À RESSASSER


petites fissures
écailles en peau
losanges distendus
triangles, croisillons,
parcourent comme des rûs
l’écorce naissante
de mon corps s’avachissant

plis immuables
innombrables
ridant l’enveloppe
d’un organisme bouillonnant
de vie
un temps encore
filante

cocon à l’emporte-liesse
aux tâches acides
gouttes tombées
parachutées
vaporisées
n’importe comment
brouillés les indices
de la carte stellaire
individuelle

le soleil avait pourtant tracé là
un chemin de retour
quelques nébuleuses
une piste sans détour
grains de
tâches de
et la lune exposé les plans
simple aller
vers l’au-delà
validé
pour la prochaine éternité
ou le prochain éphémère
passage
tout se brouille
tout s'efface

me serai-je assez ressourcée
mon énergie sera-t-elle suffisante
pour donner quelque chose
quelque part
avant de rebondir
comme un galet sur l’eau
catapultée par les dessins invisibles
le souffle inaudible
du multivers ?

sidérant
ce linceul de cellules
protecteur
attaqué de toutes parts
morcelé
à la venue des saisons
la fameuse mission du temps

dans l’aube scrutée
la plume s'enfuit
faisceau de mains
paumes ouvertes
feuilles élancées
d'arbres sans racine
larmes de sève
iront voguer
sur le néant flou
doucement
vitement
peu importe

la lueur épuisée
viendra se poser
se reposer
sur un coin de cet univers
ou d'un autre

incessamment

sphère à ressasser
cycles en cercle
marée montante
entend le chant
rejette à l’envol
marée descendante

vague
flots
onde
ondulations
vacille la lumière
avant de franchir
le mur du son

cette porte n’est pas une porte

transition

LOU, Y ES-TU ?

un deux trois 
j’irai dans le moi

quatre cinq six
cueillir des sévices

sept huit neuf
à mon ego veuf

dix onze douze
palpitant tout blues

hou le petit caillou

COULD YOU BE LOVED


c'est l'été
il fait nuit

des gens sur la piste
des spots colorés
j'entends les premières notes

mes pieds partent danser
emportant tout moi
jusqu'à ma voix

could you be loved

bonheur immense
harmonie

le temps n'est plus
je suis ici ailleurs

et la chaleur prend l'air
comme mes bras virevoltent
sans effort

le chant et la musique s'arrêtent
la magie se tait
mon coeur bat, bat, bat, bat

je soupire
expire, inspire
je souris
inspire, expire

retrouve enfin ma respiration
à l'abri derrière mes paupières
puis les ouvre pour de bon

je croise des yeux

les grands réapparaissent

je les avais complètement oubliés
ceux-là

dommage
c'est déjà fini.

Bob Marley and The Wailers : 1980 : Uprising : Could You Be Loved

LA FEMME DE MÉNINGES


C’est l’histoire grinçante

de la femme qui parlait

à ses placards

vociférant comme un maréchal fiérot

hurlant plus fort que le vent


C’est l’histoire d’une colère

juste pourtant

mais qui s’est effilochée sur

un montant d’porte

battante


Ô mon vaillant

neurone épuisé

on atteint le cycle périmé

Ô mon vaillant

brillant de l’intérieur

lave moi vite fait l’plancher

d’ces vaches et d’leurs moutons


C’est l’histoire d’une poétesse

qu’a perdu l’allégresse

avec les clés du chant

au fond du tiroir à brouillons


C’est l’histoire d’un changement

radical éradiquant

qui fait grandir et étête

en même temps


Ô mon vaillant

neurone bienveillant

perds pas l’sort

qui nous lie

à la bougie

Ô mon vaillant

repose-toi un temps

viendra le printemps


ou l’automne


mais quel été

en dedans !


Or l’hiver attend

rien pour attendre

patient

pas sciant


virevoltent

tourbillonnent

les petits flocons

musicaux

emplissent mon corps

emplissent mon cœur

renforcent à petits sons


Alors l’hiver à temps

pour l’ébullition

puis l’évolution


C’est la vie qui tisse

les larmes qui voilent

en bateau

et vogue, rame, barre

go with the flots

C’est la vie qui tresse

le choix qui désarme

à coup d’balai

sur les torchons

au fond du miroir à gros bouillons


Ô ma vaillante

perds pas l’nord

Ô mon étoile

filante

ménage empruntante

%d blogueurs aiment cette page :