Archives de Catégorie: Le Moule à Gouffre

AU RALENTI

tu vas mal, le monde,
tu pars en vrille
et des hommes qui tuent des femmes
compagnes
d’époux 
et des hommes qui tuent des hommes
à coup de grenade
ou de genou
et des décès de malades
hécatombe
et des droits et des lois
proches de fondre 
comme … les glaciers 

ne pas courber l’échine 
ne pas baisser les bras 
à vif la résine 
l’écorce sans voix
masques hissés 

tu vois mal, le monde,
où tu vas
et des enfants qui pleurent 
et des femmes qui ont peur
et des hommes qui tremblent 
et des décès de malades 
hécatombe 
et des joies et des choix
qui fondent 
comme …les glaciers

ne plus enfoncer d’épines 
ne plus saigner en vain 
la rage se vaccine 
demain entre nos mains
plumes hérissées  

tu tiendras bon, le monde,
tu la crois 
la nouvelle ronde 
sans charniers sans bombe 
les animaux ne sont pas 
au-dessus de leur loi 
parmi nous le plus fort
n’est pas non plus celui
qui écrase et broie tout
sans se soucier d'autrui
le plus puissant est rare
elle est pourtant sublime
harmonie des peuples
accord des ons 

on ne la joue pas souvent
pourtant si l’on essayait
vraiment,
sans se tirer à soi
la couverture,
de s’épauler
avec honnêteté 
de se défendre ensemble 
contre virus 
de se protéger ensemble
contre abus
de ne pas vouloir posséder 
les autres gens
ni de leur extorquer 
leurs vies
leurs temps
leurs ressources

le monde 
ce n’est pas un jour
que tu deviendras grand
c’est aujourd’hui 
c’est maintenant 
c’est urgent 

et des espoirs et une résilience
qui fondraient 
comme le cœur des glaciers ?

ne t’inquiètes pas, ma ronde,
ne t’inquiètes pas
prends soin d'exister
telle que tu es
telle que tu sais

étends le temps
à chaque instant

soupires
souris
au ralenti





PRO-VERBE

le verbe possède un temps
à l’instant même où il naît
et demeure, résiste, dedans 

son royaume comprend parfois 
sujet, objet, que les circonstances 
s’amusent à chahuter
à modeler

le verbe lui
depuis son trône actif
n’a peur de rien 
il impose son influence

— je suis
pensai-je 
et puis finalement 
je finis par suivre le verbe
et m'y perdais 

le verbe n’est pas trompeur 
il fait juste son effet
mais sans sujet
il ne sait quand il est l’heure
ou leurre de partager 

agir, influencer,
toute en force et en beauté 
le verbe est sauvage
le verbe est nature

le verbe n’admettra jamais
qu’indirectement
il puisse être soumis 
pourtant d’un ou deux 
simples petits mots
le voilà grandement réduit 
— non-dit
ou résolument déployé
— ne pas décolérer

le verbe est un outil
de pouvoir 
et de torture
je veux
je mange
je pleure
je fuis
je tombe

— je me soutiens

à nouveau un petit mot
de rien du tout
qui va avoir 
de grandes conséquences

le sujet a pris 
l’objet qu’elle s’envoie 
au sérieux 
de manière réfléchie
et avec son verbe
elle part au loin

le sujet devient 
de moins en moins
objet sous pression 
et vogue
et virevolte
et est à nouveau 
la même enfin
la même toujours 

le sujet utilise 
le verbe à sa guise
le tasse et le frise
objet-friandise

— aimer sans s’aimer
s’aimer sans aimer 
n’ont aucune saveur
sinon d’excès
n'ont aucune valeur
sinon d'abcès

le verbe 
s’il devient nom
voyez comme c’est autre chose 
car alors il se fige
il a l'air d'attendre
d'attendre trop longtemps
et un nouveau verbe vient
qui l'observe, le maintient,
le compare, l'analyse,
lui raflant la mise

si l'infinitif le suspend
— mettre un masque
l'impératif le défend
— mettez vos masques
son participe vite dépassé
— si j'avais mis mon masque... 
n'en finit pas de troubler

le verbe doit être protégé.







QUEL LEURRE EST-IL ?

La belle trouvaille
la géniale idée
un sort de confusion
chaque année avant l'été

pis ça nous met à plat
catapultant nos trains
de sommeil
la carafe n'imprime pas
le cadran carcan d'gains
au réveil

et vlan d'un vilain coup 
de pandémie tragique
et vlan les dés rejoue
l'anomalie-tactique

ah oui, ça, merveilleux
tu n'piges plus rien au temps
qui défile
ah oui, ça, prodigieux
se r'caler en dormant
jolies vrilles

La belle trouvaille
la géniale idée
un sort de confusion
chaque année avant l'été

mais quel leurre est-il ?

KANGOUROUS SANS FILTRE

je m'appelle Melita
quand on sort on n'voit que ça
pourtant l'virus du Corona 
y en a encore qui n’y croient pas

ou qui n'y croient plus

fiers dénudés du nez
exhibent luisante leur indifférence
nous rasent de bien trop près 
super, vivement qu'ça r'commence 

réa...réa ?

que croyait-on qu'il se pass'rait ?
qu'une fois arrivé i'r'partirait ?
qui voudrait-on ne pas sauver ?
faut-il choisir qui peut rester ?

la vision à court terme 
doit-elle vraiment toujours l'emporter ?
la division et les balivernes 
c'est tout ce qu'on a à refiler ?

là

là au-dessus de ma tête 
il y a des kangourous
des petits kangourous
qui n'en peuvent plus du tout

là au-dessus d'ma tête
il y a des kangourous
qui sautillent qui sautillent 
qui sautillent partout 

et je leur rêve un monde sans filtre
plutôt que tapi derrière une vitre
pourtant l'virus du Corona
y en a encore qui n'y croient pas

ou qui n'y croient plus
'va vous manger crus
mais sortez-vous donc
la tête du





EMPREINTES-TEMPS

Les arbres me l'ont dit 
mais c'est trop beau pour le croire
maintenant encore
et même ce soir
ça change, ça repart

et les plumées
et les plumés
gazouillent que ça revient
que quoiqu'arrive
il existe
encore des chemins
elles existent les possibilités
que nos erreurs soient des piliers
pour comprendre
pour apprendre
pour réfléchir et créer

sur son trône le temps
souffle fort
souffle doucement
la ronde tourne
les pages
de notre histoire humaine

sur son royaume le soleil
brille fort
brille longtemps
la perle rare
enrage
des cloportes plein son domaine

Les hêtres ont dit
c'est trop beau pour le croire
demain encore
ce même espoir
ça change, ça repart


épicéa qu'ça frêne ?

alors if aulne se pommier toute saule
tranquillement
buis soudain sapin d'bouleau
sous l'champignon

faîte-pensées ?
%d blogueurs aiment cette page :